Je vois l’eau qui coule, il est déjà cinq heures de l’après-midi. J’accompagne un petit ruisseau, jusqu’à ce qu’il rejoigne l’un des plus beaux endroits de la terre : le lac Baïkal, en Sibérie. « Une rivière ne passe jamais deux fois par le même endroit » dit un philosophe. « La vie est comme une rivière » dit un autre philosophe, et nous arrivons à la conclusion que cette métaphore est la plus proche du sens de la vie.
Mais aujourd’hui je viens de découvrir quelque chose de différent : il existe une rivière à l’intérieur de la rivière ; c’est elle qui nous montre quel chemin prendre, c’est l’âme des eaux qui sont autour de moi, dans ce petit village où nous pouvons encore voir un puits, et les habitants qui s’y rendent pour prendre de l’eau. Depuis quand ne vois-je plus un vrai puits, qui donne à boire à tout un village ?
Je contemple la rivière, j’essaie d’être comme elle, je vois les leçons qu’elle m’enseigne en ce moment :
A] Nous sommes toujours face à la première fois. Alors que nous nous déplaçons entre notre source (la naissance) et notre destin (la mort), les paysages seront toujours nouveaux. Nous devons faire face à ces nouveautés avec joie, et non pas avec peur – parce qu’il est inutile d’avoir peur de ce qu’on ne connaît pas. Une rivière n’arrête jamais sa course.
B] Dans une vallée, nous pouvons marcher plus posément. Quand tout autour de nous devient plus facile, les eaux se calment, nous devenons plus amples, plus larges, plus généreux.
C] Nos rives sont toujours fertiles. La végétation naît seulement où l’eau existe. Qui rentre en contact avec nous, doit comprendre que nous sommes là pour donner à boire à celui qui a soif.
D] Les pierres doivent êtres contournées. Bien évidemment que l’eau est plus forte que le granit, mais pour cela le temps est nécessaire. Il ne sert à rien de se laisser dominer par les obstacles plus forts, ou essayer de se battre contre eux ; on dépensera de l’énergie pour rien. Le mieux c’est de comprendre où se trouve la sortie, et aller de l’avant.
E] Les dépressions ont besoin de patience. Soudainement la rivière rentre dans une sorte de trou, et cesse de courir avec la joie d’autrefois. À ces moments, la seule façon de s’en sortir c’est de compter avec l’aide du temps. Quand le bon moment arrivera, la dépression se remplira et l’eau pourra continuer à aller de l’avant. Au lieu du trou laid et sans vie, il existe maintenant un lac que les gens pourront contempler avec joie.
F] Nous sommes uniques. Nous naissons dans un endroit qui était dans notre destin, qui nous maintiendra toujours alimentés avec suffisamment d’eau pour que, face aux obstacles et aux dépressions, nous puissions avoir la patience ou la force de continuer. Nous commençons notre course de façon douce, fragile, où même une simple feuille peut nous arrêter. Entre-temps, comme nous respectons le mystère de la source qui nous a engendrés, et que nous nous fions toujours à son éternelle sagesse, petit à petit nous gagnons tout ce qui nous est nécessaire pour parcourir notre chemin.
G] Alors que nous sommes uniques, rapidement nous serons plusieurs. Au fur et à mesure que nous marchons, les eaux des autres sources s’approchent, parce que celui-là est le meilleur chemin à suivre. Ainsi nous ne sommes plus seulement un, mais plusieurs – et il y a un moment où nous nous sentons perdus. Pourtant, comme le dit la Bible, « toutes les rivières coulent vers la mer ». Il est impossible de rester dans cette solitude, pour romantique que cela puisse nous paraître. Quand nous acceptons l’inévitable rencontre avec les autres sources, nous finissons par comprendre que cela nous rend plus forts, nous contournons les obstacles ou remplissons les dépressions en beaucoup moins de temps, et avec beaucoup plus d’aisance.
H] Nous sommes un moyen de transport. De feuilles, de bateaux, d’idées. Que nos eaux soient toujours généreuses, que nous puissions toujours mener vers l’avant toutes les choses ou personnes qui ont besoin de notre aide.
I] Nous sommes une source d’inspiration. Et ainsi, laissons au poète brésilien, Manuel Bandeira les derniers mots :
“Être comme une rivière qui coule
Silencieuse dans la nuit
N’avoir pas peur de la noirceur de la nuit
S’il y a des étoiles dans le ciel, les réfléchir.
Et si le ciel se remplit de nuages
Comme la rivière, les nuages sont d’eau ;
Les réfléchir aussi sans regret
Dans les profondeurs tranquilles.”
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Le prochain et dernier texte de ce pèlerinage sera mis en ligne le 10 Juin 2006
P.S: Cher lecteur,
Pendant ce cheminement, qui remplit mon âme d’expériences très intéressantes, un des moments les plus magiques c’est lorsque, le soir venu, je lis les commentaires sur le blog. Même si je ne peux pas vous répondre à tous, je veux que vous sachiez qu’il est très important pour moi de savoir que je ne suis pas seul sur ce chemin. Merci beaucoup de votre soutien et pour les mots et les idées qui maintenant sont inscrites dans mon coeur.
Paulo Coelho

Cher Paulo et cher vous tous,
j’espère que votre voyage se passe toujours bien et que vous chers lecteurs vous éprouvez le même plaisir que moi à participer à la vie de ce blog.
Je voulais en profiter pour remercier Gwen pour son message et te souhaiter que du bonheur dans ta vie et que tu trouves ton propre chemin et ton épanouissement.
Il me tarde également de découvrir la surprise de Mani, je suis très impatiente.
Je voulais également vous faire partager un petit poème que j’ai écrit pour mon papi en octobre dernier. Je ne lui ai pour l’instant pas lu car je suis assez timide en matière de sentiment et comme je sais qu’il est très sensible, j’ai peur de ne pas gérer la situation. Alors je me lance j’espère que vous serez indulgent car je ne pense pas être la future poète du 21 ème siècle.
Un soir d’août, tu m’es apparu
Quand la châleur est moite et le temps tout décousu
Tu m’as bercé de tes bras forts
Et pour moi qui nacquissait ce fût un réconfort.
De là est né cette complicité
Tendresse, force et simplicité
Tu m’as tout donné la sagesse
L’amour, la gentillesse et la justesse.
J’ai appris de toi que l’on apprend
Toute sa vie durant sans jamais se méprendre
J’ai appris que l’on ne vieillit pas
Mais que l’on marche vers la vie pas à pas
Tu as murri, j’ai grandi
Et je ne veux pas que tout cela soit fini
Vis encore des années lumière
Pour m’apprendre ce que fût hier
Et moi, je te montrerais mon demain
Pour qu’ensemble nous unissions nos deux mains.
Papi, tu m’as toujours soutenu
Tu m’as montré qu’il fallait de la tenue
Qu’il faut donner sans cesse
Etre honête à perdre ivresse
Grâce à toi, je transmettrais ces valeurs
Et ce sera un grand bonheur
De te citer en exemple homme au grand coeur
Qui n’a jamais eu peur de la douleur.
Tes yeux m’ont toujours dit je t’aime
Pas besoin de le dire, pas besoin de l’entendre même
J’aimerais un jour te ressembler
Connaître tout ce que tu sais.
Je ne ferais peut-être jamais partie de l’élite
Je serais peut-être insignifiant
Mais j’aurais connu un grand
Alors je ne serais plus jamais petite.
Voilà, je suis très heureuse d’avoir partager ceci avec vous M. Paulo et avec vous chers lecteurs. Mon papi comme vous l’aurez compris est un être formidable que j’aime énormément. Merci d’avoir pris le temps de me lire. Merci à tous d’être là. Si je dis autant merci c’est que l’on ne dit jamais suffisamment assez aux personnes que l’on aime.
A très vite.
Je souhaite à tous de trouver sa voie, son chemin et d’aimer, d’aimer tout.
Avec toute mon affection, mon amitié.
Céline
Chemin sinueux, qui serpente, chemin de l’Ô, ou de l’eau: douce, salée, calme, vigoureuse, chantante ou grondante, silencieuse même parfois, mais toujours changeante comme nous.
Nathalie
Le texte est le reflet, imagé de sagesse, de notre vie. Mon âme se laisse transporter avec délice sur les flots de la pensée et de la vie. Qu’il est bon de lire l’oeuvre de l’écrivain, de voir son travail sur lui même et sur le monde. Il nous ramene également à notre parcours, et surtout aux difficultés à appréhender notre légende dans le tumulte quotidien.
J’adore les surprises, surtout quand elles sont belles….
une simple surprise ne peut être que belle, donc, j’attend avec impatiente le dix…. 10 = 1 + 0 = 1 = un nouveau départ ….. j’attends la surprise, en effet….
Bisous à vous tous
Gwen